"Tsiganes"-"Nomades" : un malentendu européen

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Pré-programme  Colloque
 « ‘TSIGANES’, ‘NOMADES’ : UN MALENTENDU EUROPEEN » : Le cas de la France

Université de Pau et des Pays de l'Adour, 24 et 25 novembre 2011

Programme téléchargeable ici

Bulletin d'inscription téléchargeable ici

Jeudi 24 novembre

UPPA, amphi de la Présidence

Matin

  • 9h. Accueil Accueil par Mohamed Amara, Vice-président de l’UPPA
  • Présentation générale, Laurent Dornel, (historien ITEM UPPA), Evelyne Toussaint (historienne de l’art, ITEM UPPA), Jean-Luc Poueyto (anthropologue, ITEM UPPA)

Nomades, Gens du voyage : une spécificité française
Présidence, Jean-Luc Poueyto

  • 9h. 45, Projection du documentaire vidéo Discriminations, l'exemple des Gens du voyage, 16', réalisation Eric Schumacher, INSTEP Aquitaine, 2010
  • 10 h. Jérome Weinhard, juriste; FNASAT :  Le statut des Gens du voyage et ses conséquences discriminatoires
    Depuis près de 150 ans, il existe en France un régime spécifique pour ceux que l’on appelle aujourd’hui les « Gens du voyage ». Cet euphémisme ne désigne pas une ethnie particulière ; c’est un terme purement administratif, apparu dans des textes officiels dès 1972, qui s’applique aux personnes visées par la loi du 3 janvier 1969. Il en a remplacé deux autres, « forains » et « nomades », issus de la loi du 16 juillet 1912, qui sont eux-mêmes venus remplacer ceux de « saltimbanques », « chanteurs ambulants » correspondant à la circulaire du 13 décembre 1863. La définition qui réunit ces appellations est celle d’une population Sans Domicile ni Résidence Fixe (SDRF), ayant un mode de vie particulier, à savoir de résider dans un abri mobile terrestre ou/et d’exercer une activité ambulante. Notre abréviation SDF, n’est pas non plus une simple périphrase désignant les clochards. Il s'agit de l'impossibilité d'avoir un domicile tel que prévu à l'article 102 du code civil dès lors que l'on est sans résidence fixe. En lieu et place, les « Gens du voyage » sont rattachés administrativement à une commune, dont ils n’ont ni la liberté de choix, ni de changement, avec des effets limités au mariage, au recensement, à l’inscription sur les listes électorales, ou à l’exercice de leur activité professionnelle. Par contre, pour l’accès aux droits sociaux (RSA, CMU) et à des services essentiels (banque, assurance, etc.), ils doivent obtenir auprès d’un autre organisme une élection de domicile, avec obligation d’y faire acte de présence tous les 3 mois sous peine de radiation. En pratique, sur les documents officiels que sont la carte nationale d’identité, le passeport, la carte grise, le permis de conduire figure cette commune de rattachement (voire même la mention de SDF) et non une adresse « normale », avec un numéro, une rue et une ville. Ainsi, lors d’une procédure judiciaire, les convocations n’arrivent pas toujours à destination, faute d’adresse, le domicile pris en compte étant la commune de rattachement. Lorsqu’un excès de vitesse est commis et qu’il est constaté par un système automatisé, l’avis de contravention n’arrive jamais à son destinataire pour la même raison, et l’amende est systématiquement majorée. Cette stigmatisation permet aussi aux assureurs de les repérer, afin de leur refuser systématiquement leurs services. Le dernier exemple en date concerne le nouveau système d’immatriculation des véhicules, qui adresse la nouvelle carte grise à son propriétaire par courrier : elles sont là encore transmises aux communes de rattachement, qui la plupart du temps les retourne à l’agence qui les fabrique. Au-delà de ces conséquences quotidiennes, les réglementations successives ne se sont pas contentées de singulariser les membres de cette population ; elles ont également créé des outils pour contrôler leurs mouvements et leurs activités, avec des sanctions (amende et emprisonnement) en cas de manquement aux règles édictées. Elles ont abouti aux titres de circulation actuels, toujours soumis à l’obligation de présentation et de visas (trimestriel ou annuel) auprès des forces de l’ordre. Ce statut - issu d’une législation du XIXe siècle - spécifique aux « Gens du voyage », avec ses deux corollaires que sont la commune de rattachement et les titres de circulation, est une entrave à la liberté d'aller et venir à l'intérieur d'un Etat pour les seules personnes qui y sont soumises, entraînant pour ces dernières des discriminations avec une inégalité de droit flagrante au regard de la notion de domicile.

  • •10h. 30, Hélène Beaupère (ass. Adav 33, Bordeaux) : De la question raciale à la question sociale : prise en compte des diverses situations dans leurs dimensions sociales
    Une approche ethnique exclusive des Gens du Voyage et des Roms ne ferait que détacher ces derniers des territoires, des États  dans lesquels ils vivent, et où ils doivent avoir, au même titre que les autres citoyens, les mêmes droits (sociaux, protection sociale, accès au travail, à un logement, accès à l’instruction etc…)
    Il est question d’accès aux mêmes droits pour tous, ainsi que d’accessibilité des droits, des services et des dispositifs, et de la cohérence entre les principes et la réalité.
    Sur les deux aspects, accès et accessibilité,  il sera proposé de présenter plusieurs  projets relatifs aux questions d'accompagnement,  de droit commun , de l’insertion par l’économique et de la formation, de l’habitat, de la scolarisation, de les resituer dans leur contexte, d’en dégager les principes, la méthode, les résultats observés, et d’évaluer les effets induits auprès du public, mais également auprès des divers acteurs de l’action publique.

  • 11 h. débats avec la salle.
  • 11h. 15 Pause
  • 11h. 30 Intervention de Laurent Elghozi, président de la FNASAT et élu municipal de Nanterre : Point sur les engagements et positionnements des élus locaux et des parlementaires depuis deux ans et particulièrement à la suite de l'été 2010. Prise de position du ministre Falco sur l'enfermement des Tsiganes 1940/1946.
  •  Catherine Grèze, députée européenne :  l'Europe et la reconnaissance du génocide des Tsiganes, état des lieux.


12 h. 30 Pause repas

Après-midi

L'internement des nomades en France et ses conséquences
Présidence, Laurent Dornel, historien, ITEM UPPA


  • 14h. Témoignage de Raymond Gurème interné dans un "Camp pour nomades" en 1940, à l'âge de 15 ans, avec Isabelle Ligner journaliste, auteurs de Interdit aux nomades ed. Calmann-Lévy, 2011

      "Le 4 octobre 1940, toute la famille a été réveillée en sursaut, à six heures du matin, par des coups sur la porte de notre roulote. C'est à cette occasion que j'ai appris que la volaille arrive toujours à l'aube…Toute ma vie, j'ai recherché la liberté, l'insouciance et le bonheur familial que l'on m'a volés ce jour-là, alors que j'avais 15 ans."   

     A 86 ans, Raymond Gurême est l'un des rares survivants d'une page occultée de l'histoire de France: celle de l'internement sur son sol de familles "nomades" et foraines, de 1940 à 1946. Né en 1925 dans une roulotte, comme ses ancêtres - français et itinérants depuis au moins cinq générations - Raymond Gurême a suivi leurs pas sur la piste du cirque familial. Clown et acrobate dès l'âge de deux ans, il aide également ses parents à faire connaître à travers la France, la Belgique et la Suisse une nouvelle forme de culture et de divertissement: le cinéma. Passionné de chevaux comme son père, voltigeur, Raymond Gurême n'envisageait pas d'autre avenir que de reprendre le cirque familial.
    Mais le monde enchanté de l'enfance, la liberté, l'insouciance disparaissent fin 1940, lorsque la famille de Raymond, titulaire d'un carnet forain et vivant en roulotte sur un terrain privé près de Rouen, est arrêtée par la gendarmerie française. Raymond, ses parents et ses huit frères et soeurs sont tout d'abord enfermés à Darnétal, près de Rouen, avant d'être dépouillés de leurs roulottes et de leurs effets personnels et transférés dans le seul camp d'internement pour "nomades" de région parisienne, situé à Linas-Montlhéry (Essonne). Aux abords de l'autodrome, ils sont 200, en majorité des enfants, à survivre sous la garde de policiers et gendarmes français, séparés du monde, sans nourriture, sans hygiène, sans chauffage. L'incompréhension est totale face à cet enfermement qui résulte d'un emboitement des politiques de persécutions des nazis à l'encontre des tsiganes et des politiques de répression des "nomades" mises en place en France depuis la fin du 19ème siècle.
    Le père de Raymond, Hubert Leroux, né en Belgique de parents français, a choisi la France et l'a défendue en 1914-18. Cet ancien combattant français ne cesse d'exprimer sa douleur face à l'arbitraire qui frappe sa famille. Les internés ne voient jamais un Allemand. Pour eux, c'est bien la France qui les enferme et les affame.
     Avec l'accord de ses parents, Raymond lui, choisira la fuite. Repris sur dénonciation du maire de sa commune de naissance lors de sa première évasion avec son frère, il s'échappe à nouveau en octobre 1941, lorsque l'internement lui a déjà fait perdre une vingtaine de kilos. Sa famille sera transférée dans les camps de Mulsanne (Sarthe) puis Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) avant d'être libérée en septembre 1943.
        Un premier acte de résistance dans la région d'Angers lui vaut une condamnation par un tribunal militaire allemand. Il connait ensuite les camps de discipline en Allemagne, d'où il parvient à s'échapper en 1944. A 18 ans, il s'engage alors dans la Résistance et participe activement à la Libération de Paris. Mais cela ne lui vaudra aucune reconnaissance.
    Après la guerre, il revient dans la région de Linas-Montlhéry, car le site du camp, dont les traces ont été soigneusement effacées, l'attire "comme un aimant", explique-t-il. L'après-guerre signe même pour la famille de Raymond un véritable déclassement: les activités économiques, cirque et cinéma, ont été confisquées et perdues à jamais et la famille ne survit plus que grâce au maraîchage et à la ferraille.
     La rage, le désespoir et les stigmatisations, conduisent Raymond à avoir de nombreux démêlées avec la police et la justice, notamment pour "outrage et rébellion". A son retour, il a affaire à des gendarmes et policiers qui étaient gardiens du camp de Linas-Montlhéry et constate avec impuissance que le gestionnaire du camp, loin d'avoir été sanctionné, a été nommé maire par Vichy et l'est resté jusqu'en 1959.  Raymond Gurême, lui, ne recevra qu'en 2009 sa "carte d'interné politique" .    
    La mémoire de Raymond est restée fixée sur la période de l'internement. Ce patriarche, qui a eu 15 enfants et environ 200 descendants, a choisi d'ancrer sa propre famille sur une colline, face à celle du camp de Linas-Montlhéry. Plus de 70 ans après, il se demande toujours "pourquoi ?". Après un silence de plusieurs décennies, début 2011, il décide de témoigner à travers un livre intitulé "Interdit aux nomades" (Calmann-Lévy) afin d'exprimer son inquiétude pour l'avenir des voyageurs et de laisser une trace écrite de son histoire. Recueilli et écrit par une journaliste suivant depuis plus de 15 ans l'actualité des tsiganes et gens du voyage en France et à l'étranger, son témoignage fait le lien entre les persécutions passées contre les nomades et forains et les discriminations actuelles que subissent les voyageurs.

    Raymond Gurême a 86 ans. Il est l’un des derniers témoins directs de l’internement des Tsiganes de France. Aujourd’hui basé en Essonne, face au camp de Linas-Montlhéry, il continue à vivre dans sa caravane malgré la construction d’une maison en dur. Depuis la publication d'un livre sur son parcours de vie, il a repris la route pour transmettre son histoire et faire réfléchir sur l'avenir des voyageurs.
    Isabelle Ligner est journaliste/reporter depuis plus de 15 ans. Agée de 40 ans, elle a couvert de nombreux conflits armés et a cherché, en France comme à l'étranger, à éclairer les mécanismes de l'exclusion, notamment à travers des reportages et enquêtes sur les Tsiganes et les "gens du voyage".

  •    14h 45. Projection du documentaire vidéo Trapas men lé, (« Ils nous ont attrapé »), Mémoires de l’internement de Tsiganes d’Aquitaine, 1940-1946, 26’, Instep Aquitaine, 2004.
  • 15h. 15 Pause
  • 15h. 30 Nathalie Grenon, directrice du Cercil (Orléans) : Mulengre Placi : les commémorations en hommage aux internés tsiganes du camp de Jargeau

  • 16h. 00 , Emmanuel Filhol, historien (Laboratoire SPH, Sciences, Philosophie, Humanités, Bordeaux 1 & 3 (EA 4574)) : Pouvoirs publics et Tsiganes après la Libération : l'exemple de la Gironde (1944-années 1
    La situation des Tsiganes durant la période que recouvre l’immédiate après-guerre représente un objet d’étude du plus grand intérêt. Dans le cadre des recherches consacrées à l’histoire des Tsiganes en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est pourtant un domaine peu exploré. Et plus particulièrement, pour les années postérieures à la loi du 10 mai 1946 portant fixation de la date légale de cessation des hostilités, laquelle abrogeait de fait le décret du 6 avril 1940 et, par conséquent, rendait caduque toute mesure d’assignation à résidence des « nomades ». On se propose ici, non sans avoir rappelé préalablement mais de façon abrégée ce que fut le sort des Tsiganes sous Vichy et l’Occupation, d’examiner cette problématique à partir d’une investigation circonscrite au département de la Gironde, en évoquant d’abord le retour des camps puis la politique administrative menée après la Libération jusqu’aux années 1950 par les pouvoirs publics envers les nomades. Politique que nous tenterons d’appréhender autour des réalités suivantes : l’attitude des autorités dans une commune d’assignation à résidence, le contrôle des nomades et la question du stationnement
  • 16h. 30 discussion



Religions et politique

Présidence Abel Kouvouama (anthropologue, ITEM UPPA)

  • 16h . 45 Sylvaine Guinle-Lorinet, historienne (Item, Pau), "Les évêques de France et les Roms : des interventions incomprises (été 2010) ?"
    Les événements dramatiques de Saint-Aignan (Loir-et-Cher) le 18 juillet 2010 servent de prétexte à des déclarations au plus haut degré de l'Etat, qui stigmatisent plusieurs catégories de populations. A Grenoble, le 30 juillet, le président Sarkozy prononce un discours musclé sur la sécurité. Ce discours, le démantèlement de camps de Roms, les expulsions, provoquent des réactions indignées d'associations ou de personnalités catholiques, en particulier des l'aumônerie des gens du voyage. Par ailleurs, comme le montrent des sondages réalisés alors, les catholiques se divisent sur le problème des expulsions... Par delà les faits et les conséquences qu'ils entraînent, il faut relever un amalgame, fréquemment présent tout au long de cet été 2010, entre gens du voyage et Roms. Pourquoi et comment se produit-il ? Que révèle-t-il de la société française ?
  • 17h. 15.  Régis Laurent, Docteur en sociologie : La figure du pasteur tsigane : acteur politique malgré lui ?
    Peu après la Deuxième Guerre mondiale, une fraction des Tsiganes a rencontré un mouvement religieux particulier : le pentecôtisme. Ce phénomène religieux encore atypique dans notre pays a réussi à fédérer les Tsiganes comme jamais auparavant au-delà même de nos frontières. L’un des aspects le plus remarquables de ce phénomène religieux est que pour la première fois de leur histoire, ce mouvement leur a permis de trouver une expression politique en constituant une institution administrée par eux-mêmes : la Mission Evangélique Tzigane de France (METF). L’approche sociologique de ce phénomène exceptionnel permet de construire la figure idéale typique du pasteur tsigane pour mieux comprendre son action en permettant d’en comprendre toutes les variations possibles, du simple pasteur responsable de sa petite salle de réunion locale sur un territoire précis, au pasteur investi dans les instances nationales de leur mouvement en interaction avec les institutions ordinaires. Cette approche compréhensive permet de mieux comprendre l’importance que le pasteur tsigane a prise dans la vie sociale et politique de la vie des Tsiganes. Cette confrontation permanente avec les institutions légitimes a parfois transporté le pasteur sur l’espace public, obligeant cette figure religieuse à devenir un porte-parole des doléances des Tsiganes. Peu enclins à ce type d’exercice, les pasteurs n’acceptent pas toujours facilement ce nouveau rôle politique, même si quelques-uns parmi eux ne cessent de tenter de trouver un compromis entre la rationalité administrative imposée par les institutions ordinaires et une conception plus horizontale de la vie sociale. La difficulté des pentecôtistes tsiganes à planifier certains aspects de leur vie sociale pour se conformer aux impératifs des institutions ordinaires est souvent ressentie par les représentants des institutions légitimes (Préfectures, municipalités, etc.) comme des « comportements irrationnels ». À travers les observations de terrain enregistrées depuis quelques années, nous souhaitons comprendre une certaine praxis religieuse comme une foi pratique : les pentecôtistes sont investis d’une mission de diffusion de la foi, certes, mais au-delà de l’idéologie religieuse, de l’utopie religieuse, nous trouvons des exigences sociales auxquels l’institution pentecôtiste tsigane, aussi rudimentaire soit-elle, s’est trouvée obliger de répondre. Nous verrons comment la figure du pasteur se retrouve au centre de ces enjeux sociétaux en y étant inégalement préparé et affronte ces nouvelles exigences comme il peut avec l’aide de son « équipe » (autres pasteurs, diacres, anciens) et de son groupe respectif

18 h. 15  "Pot" à la Centrifugeuse et exposition des photos de Mathieu Pernot Un camp pour les Bohémiens

20h.  soirée au café concert le Show Case, rue Arribesà Pau, avec  :

Patrick Williams,  Raymond Boni (guitare) et Bastien Boni (contrebasse),  pour un Concert-lecture :  Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt.

22h. Concert de Yorgui Loeffler et Swing 007, jazz manouche (entrée 5 €  pour les participants au colloque)

Vendredi 25 novembre

UPPA, Amphi de la présidence


Matin,
 Une scolarisation spécifique ?
Présidence Patrick Williams, Laboratoire d'anthropologie urbaine, CNRS

  •  9h Régis Guyon, responsable du département Ville-École-Intégration et rédacteur en chef adjoint de la revue Diversité [CNDP] : La scolarisation et la scolarité des élèves du Voyage : quelle(s) spécificité(s) ?
    L’éducation est souvent mise en avant comme un levier à l’intégration des élèves qui voyagent. Elle ouvrirait pour eux un horizon de normalité dans une société qui a pourtant depuis longtemps pris l’habitude de les assigner à une place et à une position particulières : celles de populations à part. Or il importe aujourd’hui de questionner le double mouvement de normalisation et de différenciation, d’interroger la capacité de l’école à tenir compte de ces élèves « à besoins éducatifs particuliers », d’examiner les pratiques inclusives permettant à des enfants d’être reconnus pour ce qu’ils sont dans leur singularité, et non comme porteur uniquement d’une identité que l’école leur assigne. En effet, si les échecs et les limites des actions éducatives sont souvent soulignés, il existe aussi des initiatives heureuses, des réussites évidentes, tant du point de vue des institutions et des enseignants que de celui des enfants et de leurs familles

  •   9h. 30 Roger Olès, directeur de l’école des voyageurs de Pau : Récits d'expériences

  •  10h . Leonardo Piasere, anthropologue (Vérone, Italie), Roms et Sinti dans les écoles italiennes: entre politiques de reconnaissance et politiques de redistribution.
    L’histoire de la scolarisation des Roms et des Sinti en Italie s’est développée au milieu de nombreuses difficultés, par suite d’interventions ambiguës et contradictoires. L’objet de ma communication est de tenter de tracer les lignes de ce développement, en tenant compte des situations macro-politiques au sein desquelles elles se réalisaient. J’analyserai la place des Roms et des Sintis évoquée dans deux débats, qui se sont déroulés en Italie au cours de ces quarante dernières années : le débat sur l’égalité des chances dans le cadre de l’accès à une politique de redistribution, et le débat sur la reconnaissance des minorités culturelles. Dans ces domaines, le discours sur la scolarisation a toujours occupé une place centrale.


•    Discussion et pause

   Les Manouches de Pau

  • 11h. Jean-Luc Poueyto, anthropologue, Laboratoire ITEM (UPPA) Un patrimoine culturel très discret : le cas des Manouches
    Les tentatives d’institutions européennes telles que le Conseil de l’Europe pour valoriser la culture des Tsiganes, afin de mieux protéger ceux-ci des nombreuses discriminations dont ils sont souvent victimes,  se heurtent au fait qu’un tel patrimoine culturel est très difficile à identifier. A travers des observations faites auprès de familles manouches vivant dans les Pyrénées et portant sur l’habitat, la cuisine, la musique et la peinture, je montre que  ce qui se transmet est  plutôt un mode d’appropriation de l’environnement social, culturel, économique qui permet de transformer certains éléments relevant du domaine commun en singularités chargées d’un sens nouveau pour les personnes concernées. Cette  priorité des processus de transmission sur des contenus ou des produits hérités correspond bien au concept de « patrimoine culturel immatériel », mais poussé à un tel point que tout projet de réification de la culture tsigane par des institutions devient impossible à réaliser.

  • 11h 45 Alain Reyniers, anthropologue (Univ. Louvain, Belgique) L'apport des archives départementales de France à l'étude des  Manouches de Pau

Après Midi
 Représentations des nomades-Tsiganes
Présidence, Catherine Coquio, Littérature comparée, Paris 8

  • 14h. Laurent Dornel, historien, (ITEM, Pau) "Bohémiens, Tsiganes et nomades: la construction d'une figure particulière de l'étranger au XIXe siècle"
    La question du nomadisme est, plus encore pour la première moitié du siècle que pour la seconde, au cœur des pratiques et des discours xénophobes. Le terme ou l’idée de « nomade » sont présents dans nombre de désignations sociales, et c’est d’ailleurs au siècle dernier qu’apparaissent les emplois figurés du nom (1832) et de l’adjectif (1892), avec les valeurs de « errant, itinérant ». La suspicion à l’égard du migrant est ancienne, le XIXe siècle à cet égard ne rompt pas avec l’Ancien Régime. Il y a toutefois une exception, celle de « l’habitué », migrant revenant chaque année au même endroit, connu, et tout à fait accepté ; en effet, dans les campagnes, il est des travaux traditionnellement confiés aux « étrangers ». Arnold Van Gennep rappelle que « la moisson était exécutée, en règle générale, sauf dans de très petites propriétés, ou sur des pentes dangereuses, par de la main-d’œuvre temporaire qui venait quelquefois de très loin, ou seulement des villages voisins ». Cela était aussi le cas pour les vendanges, les battages, et bien d’autres récoltes encore.
    Si l’on excepte les migrations cycliques, le migrant est — pour les responsables administratifs, les notables et les paysans sédentaire — un vagabond en puissance. Migrant, vagabond : la limite entre les deux états est incertaine, poreuse. De fait, que survienne une crise économique et voilà de nombreux saisonniers et précaires jetés sur les routes, dans une vaine recherche d’un emploi. Une suspicion non moindre s’exerce à l’encontre des vagabonds, mendiants et autres gens sans aveu, formant un peuple nomade, socialement marginal et perpétuellement en délicatesse avec la loi, un peuple dont la migration est perçue comme une errance sans justification, donc dangereuse. Avec les Bohémiens, ces représentations— qui s’accompagnent de mesures administratives incessamment renouvelées —, prennent un relief accentué : l’opprobre appelle une violence qui parfois peut s’institutionnaliser.
    « Nomades », « Bohémiens », « Tsiganes », tous sont rejetés du côté de la barbarie ou de la sauvagerie ; leur position en marge des circuits économiques et des modes de vie des sédentaires les maintient en dehors de la société, partant, de l’espèce humaine : ce sont des étrangers. Ces diverses figures sociales sont aussi des déclinaisons de l’étranger.
    L’objet de cette communication sera par conséquent d’analyser les processus par lesquels Bohémiens et Tsiganes sont construits comme une des figures de l’étranger tout au long du XIXe siècle.

  • 14h. 45 Marianne Dautrey, philosophe et journaliste, Gens du voyage Tsiganes : Regards critiques sur les discours de la presse en France

  • 16h.Evelyne Toussaint, historienne de l’art (UPPA/Item, Pau) : Des images sur les « Gitans » à leur propre contribution à l’art contemporain. Un changement de paradigme ?
    Il s’agit ici d’interroger, dans un premier temps, la question de la représentation des « Gitans » à travers trois exemples de la production photographique et filmique du XXe et du XXIe siècle : des images de pèlerinage à Lourdes signées Jean Dieuzaide dans les années 1950, celles de Paul Paviot dont le film Django Reinhardt (1957) a pour scénaristes  Chris Marker et Jean Cocteau et pour narrateur Yves Montand, et celles de Mathieu Pernot qui en finit, aujourd’hui, avec toute concession à l’anecdotique ou à l’exotique.

    D’autre part, alors qu’un pavillon spécifique présente en 2011, lors de la Biennale de Venise, la création contemporaine « Rom », il est opportun de s’interroger sur ce qu’il y a d’identitaire dans « l’art contemporain rom » –à moins qu’il ne s’agisse, sur le mode pensé par Gayatri Chakravorty Spivak, d’un essentialisme stratégique –, mais surtout ce qu’il y a de singulier et d’émancipateur, ici, dans l’acte même de création.

  • 16h. 45 Catherine Coquio et  Jean-Luc Poueyto :  Conclusions et perspectives


Clôture du colloque

Laurent Dornel, Abel Kouvouama, Jean-Luc Poueyto, Evelyne Toussaint