"Tsiganes"-"Nomades" : un malentendu européen

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille

Tsiganes , Nomades : un malentendu européen


Programmation filmique du 5 au 11 octobre 2011 au Cinéma Trois Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince 75005 Paris. http://www.lestroisluxembourg.com/

PROGRAMME DU VOLET PARISIEN DU COLLOQUE « ‘TSIGANES’, ‘NOMADES’ : UN MALENTENDU EUROPEEN »

Paris, 5, 6, 7, 8, 9 octobre

Télécharger le dépliant du colloque ici. 

DEBUT DU CYCLE DE PROJECTIONS AU CINEMA TROIS LUXEMBOURG

(Ce cycle de films durera jusqu’au 11 octobre. Programmation complète en pdf ici)

Mercredi 5 octobre à 20h00

Cinéma Les 3 Luxembourg,

67 rue Monsieur le Prince, 75005 Paris M° Luxembourg ou Odéon

 

DRAME DANS LE CAMP DE TSIGANES DE LA REGION DE MOSCOU, fiction de Vladimir Siversen (1908, 2 mn 17)
« Notre attention avait été attirée par un camp de tsiganes de la région de Moscou. Tout s’y trouvait à portée de la main : une jeune et svelte tsigane et un magnifique garçon au visage démoniaque, ainsi que la masse des anciens et des gamins, incroyablement sales et bruyants. » (Mémoires du producteur A. Khanjonkov, 1937).
Le premier film de fiction sur les Tsiganes, tourné en l’an 1 du cinéma russe, mais jamais diffusé. Il sera reprojeté lundi 10 à 14h avec un montage d’autres documents rares.

DAS FALSCHE WORT (Le mensonge), documentaire de Katrin Seybold et Mélanie Spitta  (Allemagne, 1987, 1h25)
Après la chute du régime nazi, les anciens "scientifiques", spécialistes des Tsiganes, ceux qui contribuèrent au génocide, non seulement ne furent pas poursuivis, mais furent réintégrés en tant "qu'experts" et entendus par les tribunaux lors des procès d'indemnisation intentés par les Tsiganes. « Les tribunaux ont donné crédit aux coupables et non pas à nous, les victimes" , constatait Mélanie Spitta en 1987. Ce film montre des documents accablants et longtemps occultés sur le génocide perpétré contre les Tsiganes.
Séance en présence de la réalisatrice Katrin Seybold.
Débat animé par Dominique Chansel (professeur d’histoire au lycée Georges Duby, Aix).

Suite de la programmation...


 


 

COLLOQUE

 

Jeudi 6 octobre

Mémorial de la Shoah

17 Rue Geoffroy l'Asnier 75004 Paris Métro Pont-Marie   Tel. 01 53 01 17 42

Attention, pour cette journée, il est indispensable de réserver sa place par téléphone en précisant les séances auxquelles on veut assister (matin ou après-midi)

 

Les Tsiganes dans l’Europe nazie : nouveaux aspects historiques

 

9h : Accueil. Introduction de Catherine Coquio

 

Matinée. Présidence Annette Wieviorka (CNRS)

 

  • Henriette Asséo (Professeur à l’EHESS), L’avènement historiographique : de l’après-guerre au présent.

L’ambition historiographique de cette communication ne vise aucunement à égrener la litanie convenue sur le déficit mémoriel. Elle centre son propos sur l’exercice du travail historique et sur le rôle des historiens de métier dans l’avènement historiographique du génocide des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale et ses modèles interprétatifs. Nous partirons d’une interrogation centrale : pour quelles raisons les historiens ont-ils si largement ignoré jusqu’à une période récente l’immense masse documentaire qu’ils avaient sous les yeux ?

Cette persécution a en effet pour caractéristique de relever de la haute politique, ce qui a entraîné la formation d’administrations spécialisées rattachées aux organes centraux de l’Etat. Pourquoi donc les historiens jusqu’à une période récente n’ont-ils pas prêté attention à cette constatation ? L’examen aurait pourtant pu être intégré à leur réflexion générale sur le totalitarisme.

Nous décrirons, à partir d’études de cas, les stratégies académiques de contournement de la documentation, et analyserons ses effets sur la nature des connaissances acquises. Nous poserons en hypothèse finale que cette manière de faire est le symptôme de la difficulté théorique à intégrer des modalités d’extermination sectorielle selon une vision d’ensemble. En présentant le panorama du renouveau historiographique, nous plaiderons pour le développement d’une histoire nationale et locale précise emboîtée dans une « histoire intégrée », faute de quoi les acquis actuels seront à nouveau perdus pour la réflexion commune.

 

  • Frank Sparing (Historien M.A., Chargé de recherches à l’Institut de l’Histoire de la Médecine – Université de Düsseldorf), La persécution des Tsiganes sous le nazisme et la politique de réparation restrictive en Allemagne Fédérale.

Pendant le national-socialisme, en se basant sur un racisme systématique, les Tsiganes ont été définis, discriminés, internés en camp de concentration et finalement déportés et exterminés. L’idéologie d’origine sera examinée, ainsi que l’interaction des mesures locales, régionales et à l’échelle du Reich développant une dynamique d’exclusion radicale allant jusqu’au génocide.

A partir de 1945, la politique de réparation exclut la plupart des Tsiganes par la négation d’une persécution raciale. L’expertise des dossiers est souvent confiée à des fonctionnaires responsables des mesures anti-Tsiganes sous le Nazisme.

 

  • Alain Reyniers (professeur à l'Université Catholique de Louvain, Belgique),  La situation des Tsiganes en France et en Belgique au cours de la seconde guerre mondiale : Histoire et mémoire 
    Les derniers travaux menés en France et, dans une moindre mesure, en Belgique sur le sort des Tsiganes de ces deux pays au cours de la Seconde Guerre Mondiale ont considérablement renouvelé notre connaissance de cette histoire tragique. Il reste pourtant encore des zones d’ombre sur bien des événements dont la connaissance émerge lentement de mémoires individuelles et collectives blessées et très longtemps silencieuses. Après avoir rappelé deux phénomènes majeurs de cette histoire, les camps d’internement en France et la déportation vers les camps de la mort à partir de Compiègne et de Malines, la communication s’interroge sur les conditions d’émergence d’une mémoire tsigane portant sur cette période et sur les événements vécus par les familles. Elle montre comment, dans des communautés empreintes de culture orale et de retenue à l’égard de la mort, cette mémoire s’est d’abord exprimée dans des propos et par des actes  révélateurs d’une profonde souffrance, de frustrations, d’injustice et de désarrois avant de pointer des faits précis, négligés pour la plupart jusqu’à présent par la recherche.

 

  • Licia Porcedda (Doctorante en histoire à l’EHESS ; Docteur en lettres en Italie), Mesures de contrôle, internement et déportation des Tsiganes en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale.

En Italie, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes furent soumis à des mesures de plus en plus strictes, jusqu’à leur internement dans des camps de concentration sur le territoire national ou à leur déportation dans les Lager nazis. Il s’agit d’une histoire méconnue voire complètement ignorée, que les documents d’archives, pour la plupart inédits, nous permettent aujourd’hui de reconstruire.

 

 

Après-midi. 14h- 18h30 (Les interventions en anglais seront traduites)

Présidence Jean-Yves Potel (Historien. Mémorial de la Shoah).

 

  • Martin Holler (Historien. Humboldt Universität, Berlin), Nazi persecution of Soviet Roma 1941-1944

 

  • Mikhail Tyaglyy (Historien, Research associate at the Ukrainian Center for Holocaust Studies in Kyiv, Ukraine), Nazi Occupation Policies and the Mass Murder of the Roma in Ukraine.

After seventy years since the end of the Second World War the fate of the Romani population in Nazi-occupied Ukraine still remains a blank spot. Scholars have been debating whether the Nazi mass murder of the Roma amounted to genocide. Historians have posed the question if the mass murder was premeditated and if it involved the administration at all levels.

This debate is complicated by the fact that the guiding principles used by the Nazis in their treatment of the Roma differed markedly from those applied in Germany proper. Due to the input of the German administration at a lower level, the uniform policy vis-à-vis the Roma as such did not exist. The existing practices to a larger degree depended on the predominance of any one occupational authority: the civil administration, the SS, or the Wehrmacht. The inconsistency of initiatives at various levels further complicated the picture, occasionally rendering the Nazi policy toward the Roma in Ukraine self-contradictory.

This presentation attempts to explicate this contradiction by addressing the following issues. First, I will provide a basic outline of the major aspects of the Nazi campaign of extermination vis-à-vis the Roma in Ukraine. Second, I will speculate whether different branches of the Nazi occupation authorities—the military, the SS, and the civil administration—treated the Romani minority differently. Third, taking into account that some parts of the present-day Ukraine were administered by Germany’s satellites, Romania and Hungary, I will look for potential differences, if any, in the persecution of the Roma in different occupation zones. Fourth, I will consider the attitudes of the local non-Romani population and the effect that they might have had on the extermination policy. As an overall objective, this paper will assess the current state of research on this particular subject and pinpoint the specific aspects that warrant further research.  

 

 

Diaporama

« Dans l’œil du soldat ». Quand les militaires de la Wehrmacht photographiaient les Roms de l’Est 1940-1945 Diaporama issu de la collection personnelle d’Emmanuelle Stitou.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, entre 250 000 et 500 000 Tsiganes ont été assassinés au nom de la politique eugéniste nazie. De cette période nous sont parvenus des clichés photographiques. Hommes, femmes, enfants ont été immortalisés par des soldats traversant les pays de l’Est, soucieux de rapporter un souvenir exotique de leur aventure militaire. Fragments de vies, gestes quotidiens pris sur le vif, rencontres de deux mondes au cœur de la guerre, autant de témoignages ethnographiques et historiques sur lesquels plane l’ombre tragique du génocide.

Présidence Pierre Pachet (écrivain).

 

  • Tatiana Sirbu (Historienne, Université Libre de Belgique), La déportation des Tsiganes de Bessarabie vers la Transnistrie (1942-1944) : entre histoire et mémoire

Ces dernières années ont vu des débats intenses sur la question de la déportation des Tsiganes depuis la Roumanie vers la Transnistrie en 1942-1944. Ces débats se situent au niveau académique autant que politique. L’intérêt récent pour ce sujet a été suscité en partie par l’ouverture de documents d’archives s’y rapportant. De plus, le fait d’interviewer des survivants de la déportation est devenu pratique courant en histoire sociale en général, et en études tsiganes en particulier. Dans ce contexte, cette présentation proposera une description, basée sur les archives, de la déportation des Tsiganes de Bessarabie en Transnistrie, et s’intéressera ensuite à la tradition orale de la population tsigane de la République de Moldavie en ce qui concerne la déportation des Tsiganes bessarabiens. Nous chercherons à savoir si la tradition orale correspond au discours officiel. Le matériel de recherche se compose de divers fonds d’archive disponibles à Bucarest, Chisinau et Odessa, et de plusieurs interviews réalisées dans des communautés tsiganes de la République de Moldavie. Le petit nombre de survivants de la déportation rend cette recherche particulièrement nécessaire.

 

  • Michael Stewart (Anthropologue, University College, London), La persécution des Tsiganes hongrois pendant la deuxième guerre mondiale

 

 

19 h : Projection du film Mémoires tsiganes : l’autre génocide.

France, documentaire, 70 mn, 2011, version originale sous-titrée en français, Film réalisé par Juliette Jourdan et Idit Bloch, écrit par Juliette Jourdan, Henriette Asséo et Idit Bloch. Kuiv productions (produit avec la participation de France Télévision, Planète, RTS, ERT,  TV3 Catalunya, avec le soutien de la Région Ile de France, du ministère de la Défense, direction de la Mémoire du Patrimoine et des Archives, du CNC et de la Procirepl).

En s’appuyant sur les témoignages récents de Sinti et de Roms de toute l'Europe, ce documentaire inédit  retrace la destinée tragique des Tsiganes européens, du début du XXème siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En présence du producteur et de l’équipe du film.

 


 

 

Vendredi 7 octobre

Université Paris 8 – Saint-Denis. Amphi X.

2 rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis (métro Saint-Denis Université)

 

 

Matinée (9h30-12h)

Accueil par Pascal Binczak, Président de Paris 8.

Président de séance Eric Lecerf (Philosophie, Paris 8)

 

L’anti-tsiganisme : un racisme ?

 

  • Leonardo Piasere (Anthropologue. Départ. de philosophie de l’Université de Vérone), "Qu'est-ce que l'anti-tsiganisme?"


  • Bertrand Ogilvie (Philosophe, Paris 10), La production de la haine.

Quel rapport peut-on établir entre l'agressivité que les psychanalystes reconnaissent (à tort ou à raison ?) comme une donnée psychique de la structure du comportement humain et les politiques d'État qui exploitent la haine des masses et des individus ? S'agit-il d'une exploitation d'une tendance toujours présente, d'une transformation profonde entre des phénomènes d'échelles différentes, d'une construction pure et simple qui fait d'une culture et d'une politique donnée le terrain d'éclosion de personnalités de types variés, ou d'un autre rapport plus complexe et plus dialectique encore ? Le cas des travellers irlandais, les tinkers, peut servir d'exemple pour examiner cette question du constructivisme des attitudes sociales.

 

  • Marie Cuillerai (Philosophe, Paris 8), Tsiganes, Nomades - Qu’est ce qu’un peuple ?

En interrogeant la notion de peuple, G. Agamben décrit le destin occidental d'une catégorie politique qui s'est nouée à la démocratie dans le moment révolutionnaire de l'Europe des Lumières. « Peuple » concentre pour le philosophe italien les aspirations contradictoires d'un introuvable sujet politique, à la fois populace indomptable et incomptable et condition même pour que le pouvoir ne se retire pas dans les mains de quelques-uns. « Tsiganes » est-il le nom de cette faillite occidentale de la démocratie ?

 

  • Catherine Coquio (Littérature comparée, Paris 8), Etre ou ne pas être « européen »

Réflexions à partir d’un tournant dans les années 30 : les « vagabonds tsiganes » hors de « l’Europe spirituelle » (Husserl) et leur « entrée pathétique dans les lettres occidentales » (Baldensperger). Qu’est-ce qui se joue dans la répartition des « rôles » et compétences disciplinaires concernant les Tsiganes d’Europe ? De l’anthropologie à l’ « hygiène raciale », de l’imagination poétique à la police politique, les débats sur l’appartenance européenne ont basculé dans l’organisation d’une désappartenance à l’humanité. Au-delà de ce moment historique, les Tsiganes continuent de représenter l’envers inassimilable d’une « civilisation » qui enregistre sa propre crise sans renoncer à ses mythes. Le « fléau tsigane » est devenue la « question rom ».

 

Après-midi, 14h. Présidence Eric Fassin (ENS- IRIS- EHESS)

 

Du rejet national à l’assignation européenne

 

  • Ilsen About (Historien, IRIS-EHESS), Contenir, exclure. Le basculement des politiques tsiganes en Europe de l'Ouest, 1900-1930.

Entre 1900 et 1930, partout en Europe, des mesures spécifiques appliquées aux Tsiganes sont mises en place et dessinent les contours d'un régime de contrainte de plus en plus étroit. Ce qui est généralement décrit comme un basculement relève tout d'abord d'une crise des représentations des marges sociales, du vagabondage et, plus généralement, de la figure du migrant à laquelle les Tsiganes sont abusivement associés. Mais ce tournant reste également lié à plusieurs phénomènes concomitants qui déterminent une rupture du régime de libre circulation en Europe de l'Ouest : une spécialisation policière en matière de contrôle des territoires ruraux, l'apparition d'une expertise spécifique de la part des agents des forces de l'ordre dans le domaine de l'identification des personnes, une pression politique des élus locaux en faveur d'un renforcement de la surveillance des marges sociales dans les campagnes, un raidissement des relations diplomatiques en matière de circulations transfrontalières. Enfin, une discussion au niveau international des moyens nécessaires à la résolution de la "question tsigane" est formulée à partir des années 1900 et engage un processus, certes inégal et heurté, qui conduit à une exclusion multiforme des Tsiganes : définis arbitrairement sous le terme de "Nomades", "Zigeuner" ou "Bohémiens", des communautés se retrouvent ainsi privées de droits, isolées sur le plan administratif, fragilisées sur le plan économique et social, désignées comme allogènes et reléguées au bas de l'échelle des nationalités.

 

  • Xavier Rothea (Historien, Nîmes), Les usages de la différenciation. Aspects politiques, économiques et sociaux de l'image des Gitans dans l'Espagne Franquiste.

Pendant les quarante années de dictature franquiste en Espagne, l'image des Gitans a connu des évolutions sensibles en fonction des évolutions politiques et sociales auxquelles dut faire face la société espagnole mais également en fonction des besoins propagandistes des institutions ou organisations qui construisirent et émirent cette image. Il apparaît, à la lecture des sources disponibles, que les différents rôles attribués aux Gitans – le délinquant, le musicien ou le marginal – le furent en fonction des objectifs politiques et sociaux poursuivis par ces institutions ou organisations émettrices à savoir les institutions franquistes, l'Eglise ou la presse. Ces images servirent tour à tour ou simultanément à créer un sentiment d'insécurité, à légitimer l'omniprésence policière, à démontrer l'implication sociale de l'Eglise ou, en direction de l'étranger, à promouvoir l'essor touristique de l'Espagne. Le tout construit sur la base d'arguments à la fois racialistes, stéréotypés, romantiques et/ou condescendants. Il convient donc d'étudier conjointement les buts poursuivis et leur impact sur les représentations des Gitans dans la société espagnole en les confrontant aux rares études qui permettent de connaître un peu mieux la situation des Gitans espagnols pendant cette période.

 

15h30. Présidence Laurent Jeanpierre (Sciences politiques, Paris 8)

 

  • Celia Donert (Historienne, Zentrum für Zeithistorische Forschung, Potsdam), 'Citizens of Gypsy Origin': The Rights of the Roma in Socialist Czechoslovakia.

My presentation would argue that the social history of Roma communities under state socialism, based on a wealth of state and private archives in East Central Europe, can illuminate the historical roots of the construction of the Roma as a 'human rights problem' for Europe today, as well as casting the human rights movement itself into a paradoxical new light.

 

  • Nando Sigona (Sciences sociales, University of Oxford), In-between competing imaginaries of statehood: Roma, Ashkali and Egyptian (RAE) leadership in newly independent Kosovo

Socio-economic indicators and human rights reports all suggest that the situation of Roma, Ashkali and Egyptian minorities (RAE) in contemporary Kosovo is extremely severe and limited improvements have occurred since the end of the conflict ten years ago. This article explores the governance of the ‘other minorities’ (i.e. non-Serbian) in contemporary Kosovo and in particular the issue of integration and return (and its demographic and political implications) in the context of the process of state building in Kosovo. Drawing on in-depth qualitative interviews with RAE leaders, it shows how they are caught in-between multiple and conflicting agendas and power structures, namely the Kosovo government, the Serbian state and the international community, as well as being under pressure from the Kosovo RAE diaspora that fears en masse forced return to Kosovo. In their accounts the positive memories of Tito’s Yugoslavia encounter the new reality of Albanian-led and EU-supervised Kosovo. Overall, it is argued that the situation of RAE minorities can provide a lens through which to observe the conflicting and competing models of state and nation championed by the Albanian leadership, the EU and a number of international agencies, as well as offering an alternative narrative on the ethnically pacified new Kosovo.

 

17h-18h30. Présidence Samuel Delepine (Géographe. Université d’Angers)

 

La « question rom » : une Europe en question.

 

  • Emmanuela Ignatoiu-Sora (juriste, Vrije Universiteit Brussel) : Autour d’une politique européenne pour les Roms : développements et enjeux

Les réactions des institutions européennes de l’automne 2010 à l’égard des mesures prises par les autorités françaises contre les Roms ont été jugées surprenantes par certains. En prenant comme point de départ ces réactions, nous envisageons de présenter les grands développements juridiques visant les Roms dans l’arène européenne. Le but est d’identifier et d’analyser l’émergence d’une politique européenne visant les Roms. Une telle démarche permettra de souligner l’apport du juridique à la « question rom » ainsi que de la mettre en contexte et en perspective.

 

  • TABLE-RONDE : Les politiques nationales dans l’actuel contexte européen

Stéphane Lévêque (FNASAT). Livia Jarocka, députée européenne (sous réserve). David Frantz (Université de Caen), Alain Reyniers (Université Catholique de Louvain). Eric Fassin (ENS- IRIS- EHESS) Michael Stewart (University College London).

 

19h 30 : Concert lecture. Amphi X. 

Patrick Williams, Raymond Boni (guitare) et Bastien Boni (contrebasse). Les quatre vies posthumes de Django Reinhardt.



Samedi 8 octobre

Institut hongrois de Paris 92 rue Bonaparte 75006

Métro Saint-Placide Tél 01.43.26.06.44

9h30-19h

 

Un exotisme européen ou une fabrique culturelle interactive ?

(Approches croisées ethnologie, anthropologie, littérature)

 

Matin 9h30

Accueil et ouverture par MM. Balázs Ablonzy (Institut Hongrois) et Michel Wieviorka (FMSH)

 

Présidence Jean-Pierre Dozon (Anthropologue. MSH)

 

  • Martin Olivera (Ethnologue, Urba-Rom), La production du romanès. Quiproquo assumé et dynamiques socioculturelles chez les Tsiganes

A partir de l’ethnologie de Roms de Roumanie (Gabori de Transylvanie et Roms migrants en région parisienne), cette communication propose de discuter la manière dont les sociétés roms/tsiganes réinventent sans cesse des formes d’intégration locale originales, à l’encontre des images de groupes sociaux par défaut ou d’une culture « en danger » repliée sur elle-même. Seront évoqués les travaux ethnographiques sur d'autres groupes qui iraient dans ce sens, en vue d’un 'état des lieux rapide de la réflexion là-dessus.

 

  • Iulia Hasdeu (Anthropologue, Université de Genève), Femmes, culture et ethnicité. Réflexions sur les frontières entre Roms et Gadje.

L'ethnographie dans des villages roms de Roumanie aussi bien qu'auprès de Roms migrants en Belgique nous a donné à voir que certains Roms placent le couple conjugal et le corps des femmes au centre de leur pensée de l'identité ethnique. La sexualité, principal source de l'impureté, est au cœur d'une vision du monde comme coupé en deux, vision qui structure l'organisation sociale. Elle s'articule avec le statut de la femme rom dans ses deux facettes distinctes: romni (femme mariée) et bori (épouse, bru). Cela oblige à réfléchir sur la place de la femme et de la sexualité dans l'équation culture-ethnicité-société, en particulier sur la participation des corps féminins à la réification de la frontière entre Roms et Gadje. Par l'usage de l'emblème, les Gadje retiennent et investissent d'une part un corps féminin fantasmé, celui de "la Tsigane" orientalisée, et d'autre part, les mariages précoces qu'ils opposent aux droits fondamentaux de la femme. Comment et avec quelles conséquences cette perception réductrice est-elle instrumentalisée dans le contexte politique européen actuel? Nous nous référerons surtout à la manière dont en Roumanie ce mécanisme stigmatisant fonctionne à l'égard des Roms et comment il participe de la sélection opérée par la "démocratie sexuelle".

 

Présidence : Cécile Canut (Linguistique, Université Paris-Descartes)

 

  • Gérard Dessons (Littérature française, Paris 8), Errants devant l’éternel

Rejetés en tant que Tsiganes puis en tant que Roms, ils restent, pour bien des commentateurs, des « éternels errants ». Cette expression, marquant peut-être une attitude condescendante, est exemplaire d’un processus discursif engagé dans la transformation de déterminations historiques en état de nature, retirant ainsi à l’histoire – et à la pensée de l’histoire – le statut des Roms. Il est, de ce point de vue, symptomatique que les historiens traitant de cette question aient autant à s’employer à la restitution des faits qu’à leur interprétation.

La question des modes de vie est certainement très complexe s’agissant des Roms. Mais elle devient compliquée quand elle est traitée à travers la notion ambiguë de « style de vie », qui masque, sous des données apparemment objectives, l’historicité de manières spécifiques. Je me propose de regarder le fonctionnement et les enjeux de ce qui apparaît comme une anthropologie des paradigmes analogiques. J’examinerai plus précisément trois traits qui ont été considérés comme caractéristiques de l’ethos tsigane, et qui relèvent de la logique d’un même modèle paradigmatique, celui de l’errance : le refus, évidemment, de la sédentarisation ; l’absence de pratique scripturale propre à fixer les valeurs d’une culture ; le défaut, enfin, d’un socle comportemental rationnel renvoyant ce peuple à ses errements ataviques.

 

  • Jean-Luc Poueyto (Anthropologue, Université de Pau), Les Tsiganes et l’écrit : un problème épistémologique

Il semble que la très grande majorité des Tsiganes en Europe maintienne un rapport très mesuré avec les différentes formes d’écrit. Ces groupes familiaux semblent donc avoir choisi de se tenir à distance des campagnes massives d’alphabétisation et de scolarisation qui ont eu lieu depuis plusieurs siècles auprès des populations européennes. On peut alors s’interroger, à propos de bon nombre de groupes tsiganes, sur l’existence de manières différentes d’appréhender le monde sans qu’il y ait référence systématique à l’écrit. De même, et comme en écho, on peut se demander quelle est la place de l’écrit dans la construction des notions de peuple, de nation, de culture, de littérature… et comment concevoir un mode de vie et de pensée sans ces catégories. Nous aborderons cette problématique à partir de l’exemple de Manouches français.

 

Après-midi. 14h-18h30

Présidence Lucie Campos (Littérature comparée - Paris 8, Institut français)

 

  • Elisabeth Tauber (Anthropologue. Université libre de Bolzano, Italie), Time and territory - these are the others. Ethnographic reflections on philosophical constructions.

European philosophy has conducted over centuries a discussion of insult and of exclusion regarding Romani people. There are only a few known voices that have tried to lead this discussion in an other direction. One of this voices was represented by Christian Jacob Kraus. He was a colleague of Emanuel Kant and focused his research on an empirical philosophy. His main interest concentrated on the Prussian Sinti and their cultural survival amidst the German nation-state. In my presentation I will start with my ethnographic experience among the Sinti Estraixaria of North Italy than I will briefly refer to the Kantian discourse on "nomads" for then giving a summary of the fascinating questions of Christian Jacob Kraus. Finally I will ask how constructions like "time" and "non-time", "territory" and "non-territory" have massively influenced the relation between Sinti and the majority in Mitteleurope.

 

  • Alain Reyniers (Anthropologue. Université de Louvain), A propos de Jan Yoors : ethnologie et littérature

Ecrivain et artiste d'origine belge, Jan Yoors (1922-1977) occupe une place particulière en tsiganologie. On lui doit deux ouvrages sur sa vie passée dans un groupe de Roms lovara peu avant la Seconde Guerre mondiale (The Gypsies, 1965) et sur certains faits de résistance, impliquant notamment des Roms de ce groupe, entre 1940 et 1945 (Crossings, 1971). Le premier ouvrage a été longtemps tenu pour l'un des meilleurs documents ethnographiques écrits sur les Tsiganes et sert toujours de référence à de nombreux chercheurs. Yoors y présente avec beaucoup de précisions la vision que les Lovara rencontrés avaient d'eux-mêmes et des autres groupes tsiganes et offre un tableau saisissant de la vie menée par des familles nomades durant la première moitié du XXème siècle. Pourtant, le caractère généralisant de certains propos diminue la portée scientifique de l'oeuvre. De même, les faits rapportés ne s'accordent pas toujours avec les souvenirs qu'en ont gardés les Roms. La confrontation entre les dires de l'auteur et les commentaires de ceux auprès de qui il avait vécu pose autant la question de la mémoire sociale que celle de l'oeuvre littéraire et de son impact en tant que vecteur de connaissance face à la rigueur ethnographique.

 

Regards croisés sur la Hongrie (littérature, anthropologie, politique)

Présidence Michael Stewart (anthropologue, Londres).

 

  • Cécile Kovacshazy (Littérature comparée, Limoges/ Bremen), Romanciers tsiganes hongrois de la vie ordinaire : József Holdosi (Les Kánya 1978) et Menyhért Lakatos (Couleur de fumée 1975)

József Holdosi dans Les Kánya (1978) et Menyhért Lakatos dans Couleur de fumée (1975) racontent sans complaisance la vie quotidienne de familles tsiganes ordinaires. Ces deux romans, qui comptent parmi les premiers écrits littéraires hongrois, répondent à la fonction de subversion de la littérature pour les raisons suivantes : - Ils se placent à contre-courant du préjugé identitaire plaqué sur les Roms puisqu’ils s’inscrivent dans l’ordre symbolique hégémonique du langage, de surcroît fictionnel. - Ces deux narrations n’adoptent pas, comme souvent les textes littéraires écrits par des Tsiganes, une attitude (défensive) idéalisante. Elles présentent un ensemble de personnages réalistes, et sûrement pas idéalisés. Elles déplacent donc également les habitus d’écriture de ce qu’on peut appeler (de façon fort discutable) les « littératures romani ». Cette critique interne (et non externe en l’occurrence) produit le salutaire effet d’annuler la vision manichéenne xénophobe très active aujourd’hui au sein de l’Union européenne et dans laquelle « le » Tsigane (dans un sens général fort éloigné de la réalité des particularismes individuels) devient l’honni intérieur de cette nouvelle forteresse qu’est l’espace Shengen. - Enfin, face au déni d’Histoire dans lequel on relègue les Tsiganes sempiternellement, ces deux romans flirtent avec la chronique romanesque micro-historique et recontextualisent une narration certes imaginaire mais non fantasmatique. Un développement adjacent à ce troisième point concernera la place accordée dans ces romans au génocide de la Deuxième Guerre mondiale, que couvre chronologiquement la diégèse des deux œuvres.

Ces trois caractéristiques permettront, de façon comparative et différentielle, de poser la question des effets esthétiques et sociaux d’une critique interne et de son extériorisation.

 

  • Kata Horvath (Anthropologue, Université de Pecs) « Pas de panique, nous sommes des nègres »

En rapport avec certains processus politiques nationaux, dans les dernieres années le discours sur les tsiganes s'est transformé en Hongrie. Le statut social de "tsigane" a changé: En simplifiant on peut dire que le statut social du « subordonné » a donné lieu au statut d’« exclu » dans un discours public qui n'évite plus de parler de « Tsigane » comme auparavant, mais identifie et construit des problèmes structurels de la société hongroise comme « question tsigane ». Après des décennies d'ignorance du « Tsigane » en tant qu'acteur social et politique, celui-ci joue à présent le rôle principal de coupable dans un drame national. Dans mon intervention, qui s’appuiera sur mes recherches anthropologiques commencées il y a dix ans dans un village hongrois, je parlerai du bouleversement des expériences sociales liées au "fait d’être tsigane". La promesse de l'assimilation, qui durant deux ou trois générations a été la contrainte la plus forte pour les familles, s’est changée en discrimination ouverte en quelques années. Comment ces familles affrontent-elles cette nouvelle contrainte, comment les expériences liées à l'assimilation ont-elles été reformulées? Je montrerai que les expériences sociales de la honte et les stratégies pour garder sa fierté ont donné lieu à des formes nouvelles de peur et d'agression. La phrase souvent répétée « N'aie pas honte si tu veux prospérer !» (« Ne szégyelld magad, mert nem élsz meg! ») a fait place à une autre, plus appropriée : «Pas de panique, nous sommes des nègres !» (“Semmi pánik, niggerek vagyunk!”)

Avec projection d’extraits d’un documentaire sur le théâtre social réalisé dans le même village en 2010.

 

  • Livia Jaroka (Anthropologue, représentante de la « minorité Rom » au Parlement européen). De la réflexion anthropologique à l’engagement politique européen.

 

 

20h30 : Concert  à l'Institut Hongrois du groupe tsigane transylvanien Palatka Band.

 

Dimanche 9 octobre 

Petit Palais - Musée des Beaux arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris 8 – Métro Franklin-Roosevelt

10-17h

 

Matinée 10h-12h30 Présidence Sarah Al-Matary (Littérature française, Lyon 2)

 

Langue, philologie, politique

 

  • Jean-Louis Georget (CRIA/EHESS-Institut français d'histoire en Allemagne, Francfort), La construction des catégories raciales au début du dix-neuvième siècle chez les linguistes allemands : l'exemple des tsiganes à partir des travaux de Franz Bopp et Friedrich Max Müller.

Les Tsiganes composés par les Sinti et Roms font partie des quatre minorités officiellement reconnues par la Constitution allemande, les autres étant les Sorabes, les Danois et les Frisons. Les Sinti sont installés depuis très longtemps en Allemagne, où ils ont été au service des seigneurs à l'époque territoriale. Les Roms quant à eux sont arrivés massivement au dix-neuvième siècle après les grandes réformes agraires d'Europe de l'Est, notamment de Roumanie après la tardive abolition du servage. Ils se répartissent dans l'ensemble de l'espace germanophone et sont aujourd'hui approximativement au nombre de 70 000 en Allemagne. Une approche purement linguistique de la question s'avère néanmoins être une tâche ardue. Les Tsiganes ont certes une langue qui leur est propre, relativement homogène, et des codes sociaux bien définis. Pourtant, deux éléments singuliers rendent difficile cette unification par la langue :1) l'absence de sources écrites, sur lesquelles se base habituellement la recherche en histoire ou dans les études germaniques : la langue romani, comme l'appellent les Tsiganes, n'a pas d'écriture. Si tous les Tsiganes ne la parlent pas, tous se reconnaissent en elle. On dit qu’elle «  joue un rôle symbolique comparable à celui du territoire pour une autre nation ou de la confession religieuse pour les Juifs [1] ». Il n'existe pas non plus d'archives sonores, de témoignages oraux avant la fin du second conflit mondial. La langue véhiculaire des tsiganes est un outil d'identification culturelle, elle est codifiée, mais elle reste d'une certaine façon inaccessible aux chercheurs, notamment pour l'époque moderne jusqu'au dix-huitième siècle. 2) la polysémie permanente faisant obstacle à la transparence dans la dénomination de l'objet. A la manière dont les tsiganes changent d'identité quand ils sont en mouvement, à la manière dont ils deviennent insaisissables quand on croit les cerner, les termes qui sont censés les nommer sont eux-mêmes souvent flous, incertains quant à l'objet qu'ils décrivent. L'histoire des Tsiganes est avant tout l'histoire de cette réception multiple, à travers les différents prismes que nous proposent les époques étudiées.

Ainsi entend-t-on trop souvent en allemand derrière le terme Zigeuner l'étymologie contestée du Zieh-Gauner. De plus, ce terme ambigu est attribué à la communauté tsigane par les gadje, les non-tsiganes. Eux-mêmes s'appellent Roma, Sinti, Manus, Calé ou Kalderash, en fonction de leur appartenance à des sous-groupes ethniques, souvent en concurrence. Cependant, il est malgré tout difficile de distinguer nettement les uns des autres du point de vue de l'onomastique, puisque, dans la même langue, Sinto renvoie à l'origine indoue, Rom signifie « homme, être humain », et Kalderash désigne la catégorie socioprofessionnelle des chaudronniers[2]. En outre, l'histoire elle-même a fortement connoté le terme Zigeuner, qui n'est aujourd'hui plus utilisable pour des raisons évidentes de rattachement du mot à la Zigeunerplage, puis à la Zigeunerfrage de sinistre mémoire. Aujourd'hui, on n'emploie plus que les termes de Sinti et Rom.

Toutes ces indistinctions sur la langue et cette impossibilité de circonscrire précisément les enjeux qu’elle véhicule ont donné lieu à partir du dix-huitième siècle à toutes sortes d’investigations, notamment de la part des grammairiens dans un contexte d’émergence des nations et de la concurrence des langues, qui deviennent, notamment dans l’espace germanophone, des outils de construction de catégories identitaires. Michel Foucault a évoqué le cas du célèbre grammairien Franz Bopp, mais on pourrait également évoquer d’autres savants comme Friedrich Max Müller en Angleterre qui s’intéresse à la question de la langue des tsiganes pour ses travaux sur la reconstitution de « l’indo-européen ». L’objet de la conférence aura pour objectif de retracer dans ses grandes lignes l’évolution de la question linguistique dans le premier dix-neuvième siècle allemand depuis Kant et ses disciples jusqu’à l’intense politisation du débat.

 

  • Cécile Canut (Linguistique, Université Paris-Descartes): Du jeu romanès à la construction politique contemporaine de la langue romani

Dans le quartier de Nadejda (Sliven, Bulgarie), parler est décrit comme une action, une manière de faire : « kerla romanes pherias » (faire des mots à la manière romanès), ce qui n’est pas la même chose que « parler la romani ?ib » et renvoie au jeu romanès décrit par Patrick Williams[1]. Loin d’une appréhension de la parole comme objet de maîtrise, comme langue délimitée ou close, les Muzikanti de Nadejda privilégient la dimension interactionnelle et discursive de la parole. Cette perception renvoie à celle de bien d’autres locuteurs dont la parole n’a pas fait l’objet d’une politique linguistique nationale homogénéisante, en Afrique notamment. Dans le cadre européen où le modèle langue-écriture/nation/peuple/civilisation est devenu très tôt une donnée politique fondamentale de la construction des « identités nationales », cette hétérogénéité constitutive a été décrite comme un manque renvoyant les Tsiganes au rang des « sans » : sans écriture, sans langue, sans territoire, sans nation, et donc sans civilisation. Face à ce déni, certains intellectuels roms ont réagi en réintégrant les principes politiques linguistiques des États-nations : homogénéisation, standardisation, normalisation, et parfois même purification linguistique à travers la création de la « romani ?ib » internationale. Très vite, les institutions européennes ont développé cette question linguistique rom en réactivant un principe national (la langue comme essence des identités et des cultures des peuples), et en l’inscrivant dans une approche multiculturaliste largement dominante dans l’espace politique international.

Nous interrogerons, à partir d’une analyse multi-dimensionnelle et multi-site des discours, la portée politique d’une telle articulation : en quoi les soubassements essentialistes des politiques nationalistes (un peuple, une langue, une nation) sont-ils si proches de ceux des politiques multiculturalistes contemporaines transnationales ? Si l’origine, la pureté, l’identité, l’appartenance, etc., doivent définir une langue et une culture, dans quelle mesure l’hétérogénéité se trouve-t-elle réellement au principe du multiculturalisme ? Enfin, la « défense des minorités » peut-elle – doit-elle ? – passer par une essentialisation des langues, des cultures et des populations ?

[1] Williams P. 2003, « Langue tsigane : le jeu romanes » Revue d’études tsiganes, n° 16, vol. 1.

 

  • Jean-Yves Potel (Historien, Mémorial de la Shoah) : A propos de la poétesse Papusza (Bronislawa Wajs) et de Jerzy Ficowski


 

Après-midi 14-17h.

Images et présences tsiganes dans la création artistique et littéraire

 

Présidence Catherine Servant (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris)

  • Claude Mouchard (Littérature Paris 8, revue Po&sie), Sillages tsiganes :

Présences et images "tsiganes" dans certaines oeuvres littéraires et musicales (Janacek, Hrabal)

 

  • Henriette Asséo (EHESS) A propos d’Ilona Lackova, auteur de Je suis née sous une bonne étoile. Ma vie de femme tzigane en Tchécoslovaquie.

 

Présidence Claude Mouchard

  • Martin Smaus, écrivain, auteur de Petite allume un feu...


  • Tiphaine Samoyault (Littérature comparée, Paris 8), Représentations de Tsiganes dans le roman contemporain

Essentiellement autour de Zoli de Colum Mc Cann.


Conclusion de Catherine Coquio et Jean-Luc Poueyto.


suite

Suite de la programmation filmique au Cinéma Trois Luxembourg, 67 rue Monsieur le Prince 75005 Paris. 

www.lestroisluxembourg.com

Jeudi 6 octobre à 21h
LES ROMANES, documentaire de Jacques Deschamps (France, 2011, ) inédit
Avant de s’appeler Romanès, Alexandre portait le nom de Bouglione. Un jour, il a claqué la porte du cirque familial. Vingt ans plus tard, il a rencontré « la terrible » Délia, une Tsigane de Roumanie qui parle et chante le romanès. Avec elle, il a eu cinq enfants, à qui il a appris l’acrobatie, la contorsion ou à jongler, et il a monté « Romanès », un petit cirque tsigane..
Séance en présence du réalisateur et d’Alexandre Romanes
 

Vendredi 7 octobre à 21h
LA PLACE, documentaire de Marie Dumora (France, 2010, 1h50) inédit
Après la 2nde Guerre Mondiale, la ville de Colmar a octroyé à une poignée de gitans un minuscule territoire non occupé au pied des Vosges, dans les Vignes - une ancienne déchetterie. Aujourd'hui, la ville a décidé de reprendre cette terre. Une lutte de plus s'engage pour Mouni, Daisy, Zorro, Pesso, encadrée par Ramunco le pasteur et Ferganto, son aide de camp, afin de défendre cet endroit qu'ils ont baptisé la Place. Un combat sans merci, tandis que la vie continue avec sa fantaisie, sa drôlerie, son insolence.
Séance en présence de la réalisatrice Marie Dumora.
 

Samedi 8 octobre à 21h
LATCHO DROM documentaire de Tony Gatlif (France, 1992, 1h43)
A travers musiques,  chants et danses,  évocation légendaire de la longue route du peuple Rom par le cinéaste-musicien-poète Tony Gatlif.
Séance en présence du réalisateur. Débat animé par Dominique Chansel
 


Dimanche 9 octobre à 18h30 : une image de la Hongrie postcommuniste  
DISTRICT, film d’animation de Aron Gauder (Hongrie, 2004, 1h25)
Lutte de clans dans un ghetto de Budapest. Les habitants de la Zone 8, dite « Da 8 », ont grandi au sein de tensions permanentes : « Hongrois de souche », Roms, Arabes, Chinois, Américains, Allemands, prostituées et policiers occasionnels... Les rivalités familiales sont leur lot quotidien. Pourtant, Richie, le plus jeune des Lakatos, essaie de trouver une manière d'apaiser la famille de Csorba, et de s'attirer les faveurs de leur fille, Julika. Il réalise que seul l'argent leur apportera la paix, et seul le pétrole leur apportera l'argent...
Débat avec Nicolas Geneix (enseignant) et Michael Stewart (sous réserve).


Lundi 10  octobre : Russie/URSS, Hongrie, France.
14h00

LA PIERRE LANCEE, fiction de Sara Sandor (Hongrie 1968, 1h31)
Budapest en 1950 . Un fils de cheminot est admis à l'École supérieure des arts dramatiques et du cinéma. Mais cette perspective lui est ôtée au motif que son père, entré en disgrâce auprès des autorités, est arrêté pour faute professionnelle. Le jeune homme est alors formé comme géomètre puis envoyé dans la plaine hongroise pour participer à la mise en chantier de la réforme agraire. En compagnie d'un jeune  communiste grec, il use de patience afin d'expliquer aux paysans réticents la nécessité de  ces transformations. Mais les méthodes brutales des représentants du pouvoir central conduisent à l'échec. Celui-ci se renouvelle dans un village tsigane. Un témoignage des difficultés et drames de la collectivisation des terres en Hongrie.
Débat avec Jean-Yves Potel (historien).
 
16h30
LES TSIGANES MONTENT AU CIEL, fiction de Emil Lotianou (Russie, 1976, 1h40)
Légende d'amour inspirée d'un des récits bessarabes de Maxime Gorki. 1900, en Moldavie, Zobar, voleur de chevaux, est poursuivi et blessé par les gendarmes. Une mystérieuse jeune fille, sorcière tsigane, le guérit et disparaît. Zobar n'aura de cesse de la retrouver. Ces deux êtres trop fiers et trop libres ne pourront s'unir que dans la mort.
Débat avec Charles Urjewicz (‘historien, Inalco) et Dominique Chansel.
 
18h30
Cinéma russe et soviétique : la quête improbable d’un « bonheur tsigane ». Montage de  films rares et d’extraits de séries télévisées (40mn)
- Drame dans le camp de tsiganes de la région de Moscou de Vladimir Siversen (1908, 2 mn 17)
 « Notre attention avait été attirée par un camp de tsiganes de la région de Moscou. Tout s’y trouvait à portée de la main : une jeune et svelte tsigane et un magnifique garçon au visage démoniaque, ainsi que la masse des anciens et des gamins, incroyablement sales et bruyants. » (Mémoires du producteur A. Khanjonkov, 1937).
Le premier film de fiction sur les Tsiganes, tourné en l’an 1 du cinéma russe, mais jamais diffusé.
- Le dernier camp tsigane de Evgenii Shneider et Moïseï Goldbat (1935)
 La lutte difficile d’un tsigane afin d’entraîner les siens dans  le travail kolkhozien.
- Pain, or et revolver  de Samvel Gasparov (1980)
 « Eastern » soviétique sur fond de guerre civile. Ni « rouges », ni « blancs », les Tsiganes sont des bandits…
- Le Tsigane d’Alexandre Blank (1979).
Mélodrame en 4 épisodes, l'un plus grands succès de la télévision soviétique.
- Karmelita, passion tsigane de Valery Rojko, E. Tsyplakova, N. Galuzo et A. Zakharenko (2009-2010 série télévisée en  288 épisodes)
 Dans une petite ville de la province russe où « Russes et tsiganes ont enfin établi des relations pacifiques », l’histoire d’une « Tsigane passionnée »…
- Le campement va en prison, documentaire de Boris Sobelev, diffusé en mai 2011 sur la chaîne d'Etat ROSSIA 1 dans le cadre de l'émission "Envoyé spécial".
Une mise en scène alarmiste de la "délinquance "tsigane et de la "dégénérescence" de la société russe.
Débat avec le réalisateur du montage Charles Urjewicz (historien, Inalco) et avec Anne Coldefy (universitaire, traductrice).
 
21h
JIMMY RIVIERE, fiction de Teddy Lussy Modeste (France, 2011,1h40)
Jimmy Rivière est un jeune Gitan, solaire, nerveux, parfois trop. Sous la pression de sa communauté, il se convertit au pentecôtisme et renonce à ses deux passions : la boxe thaï et Sonia. Mais comment refuser le nouveau combat que lui propose son entraîneur ? Et comment résister au désir puissant pour Sonia ?
En présence du réalisateur. Débat animé par Dominique Chansel


Mardi 11 octobre : Espagne, Yougoslavie, France.
14h00
GITANO, fiction de Manuel Palacios (Espagne, 2001, 1h46)
Andrés Heredia, gitan et musicien, est libéré de prison après avoir purgé une peine de deux ans pour un délit qu'il n'a pas commis. Il souhaite commencer une nouvelle vie, oublier un passé douloureux émaillé de trahisons et de rêves brisés. Sa famille, sous l'autorité du patriarche, l'attend. D'autres craignent son retour et voient en lui une menace pour leurs intérêts. Il y a surtout sa femme Lucia Junco qu'il ne peut oublier bien qu'elle l'ait trahi. Andrés va devoir se confronter à son passé et aux pressions de son clan.
En présence de Dominique Chansel

16h30
J’AI MEME RENCONTRE DES TSIGANES HEUREUX, fiction de Aleksandar Petrovic (Yougoslavie, 1967, 1h30)
Au cours de ses pérégrinations, un Tsigane s'éprend d'une femme dont le beau-père s'avère être un rival jaloux et agressif.
En présence de Irena Bilitch et de Véronique Nahoum-Grappe (anthropologue, EHESS)

19h
KENEDI GOES BACK HOME, documentaire de Zelimir Zilnic (Yougoslavie, 2003, 1h15)
Le film raconte l’histoire de Yougoslaves qui ont quitté leur pays pendant la guerre et ont passé plus de 10 ans comme réfugiés en Europe de l’Ouest. au cours de l’année 2002. Les pays d’accueil ont commencé à renvoyer de nombreuses familles en Serbie et au Montenegro, estimant qu’il n’y avait plus de raison qu’elles prolongent leur séjour.
En présence de Véronique Nahoum-Grappe (anthropologue, EHESS) et de Sylvie Rollet (Etudes cinématographiques Paris III)

21h
DES FRANÇAIS SANS HISTOIRE, documentaire de Raphaël Pillosio (France, 2009, 84 mn).
Qu'ils soient d'origine Gitane, Manouche, Yéniche, Rom ou tout simplement des personnes pauvres qui vivaient en roulotte, des citoyens français ont été internés en tant que "Nomades" durant la Seconde Guerre mondiale. Plus de vingt-cinq camps, disséminés dans toute la France, ont emprisonné environ 6 000 personnes d’octobre 1940 à mai 1946. Ce film part à la recherche des dernières survivances de ce passé, les lieux qui taisent cette histoire et les quelques internés dont le souvenir demeure.
En présence de Marie-Christine Hubert (historienne) et de Raymond Gurême, témoin des camps d’internement. Débat animé par Dominique Chansel.


Programme conçu par Anne Vaugeois et Catherine Coquio, avec la collaboration de Charles Urjewicz et Jean-Luc Poueyto. Remerciements aux réalisateurs et aux chercheurs présents aux débats  ainsi qu’à Michel Wieviorka, Jean-Pierre Dozon, Evelyne Pommerat, Sylvie Rollet, Nicolas Geneix, Maïssa Grisel, Dominique Chansel, Véronique Nahoum-Grappe.


Ce programme a été financé par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme et Paris 8.



[1] Marcel Courthiade, in Henriette Asseo, Les Tsiganes, une destinée européenne, Paris, Gallimard, 1994, p.109.

[2] Katrin Reemtsma, Sinti und Roma, Geschichte, Kultur, Gegenwart, München, 1996.