"Tsiganes"-"Nomades" : un malentendu européen

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L'association Didattica, dont l'objet statutaire est d’« encourager le développement de la sensibilité à l’architecture et à l’aménagement et de contribuer à l’émergence du citoyen créatif et à la lutte contre les inégalités » édite un ouvrage intitulé Rroms: la politique du territoire (dir. Léa Longeot ; comité scientifique Marcel Courthiade et Elise Macaire).

Cette publication présente les actes de la journée mondiale des Rroms organisée en 2007 par le collectif du 8 avril constitué par des associations rroms et non-rroms. Livre-film, cette seconde publication de la collection "Architecture institutionnelle" de Didattica présente les actes des débats de la journée de la JMR, des textes du linguiste Marcel Courthiade et les traces d'actions culturelles, artistiques et pédagogiques réalisées en amont et lors du 8 avril : marque-pages, poèmes, photographies et films. Sont abordées les questions de l'appartenance au territoire, de l'équivalence peuple/territoire et de la lutte des peuples face aux processus discriminatoires.

Plus d'informations sur le site de l'association.


Papùsa (Bronislawa Wajs), Routes d’antan / Xargatune droma, traduit du rromani par Marcel Courthiade, L’Harmattan, 2010.

« Non loin de son campement dans la forêt polonaise, une jeune rromni semble dialoguer avec les oiseaux, les mousses, le ruisseau, les rochers, avec des inflexions saisissantes dans la voix : c’est ce que découvre en 1949 près de Szczecin lors d’une mission de terrain le jeune poète varsovien Jerzy Ficowski. Il va alors encourager Papù?a à consigner par écrit ses improvisations, ce qu’elle fait bien volontiers – écrivant ainsi un chapitre original de la poésie des Rroms.
Et là commence une toute autre histoire, faite de tensions politiques, médiatiques, mais aussi individuelles, entre Routes d’antan et vie sédentaire, entre le discours lointain du Parti et les maires xénophobes, entre la passion de cette jeune femme et les anciens qu’elle irrite, car elle ose aspirer à la création personnelle, écrite par surcroît, et ceci comme femme, sans rien leur demander. La voilà accusée de trahison alors qu’à son insu on l’instrumentalise à des fins mesquines. Ce serait un roman politique si son talent, révélé mais aussi étouffé par Ficowski qui s’approprie ce « phénomène », ne finissait par l’exclure des siens et faire long feu sous les tourments.
Ce sont les textes bilingues de Papù?a avec un récit détaillé de ce triste épisode que Routes d’antan vous fait découvrir ; y est inclus un long poème-témoignage de la main de la poétesse, Larmes de sang, sur la survie des Rroms en Pologne sous le nazisme.
Ce livre est la vraie histoire des faits dont s’est inspiré l’Irlandais Colum McCann dans sa fiction Zoli (éd. Belfond, Paris, 2007).

Marcel Courthiade, docteur en linguistique de la Sorbonne (Paris III), est commissaire à la langue et aux droits linguistiques de l’Union Rromani internationale et responsable de la section de langue et civilisation rromani à l’INALCO (Université de Paris), où il vit depuis 1997, après vingt-cinq ans passés en Europe de l’Est, notamment en Albanie. Animateur du Groupe de recherche et d’action en linguistique rromani, il œuvre à l’affirmation de la langue rromani au niveau européen et dans plusieurs Etats.
Jeta Duka, qui présente les poèmes, à longtemps œuvré en Albanie pour l’intégration des droits des femmes dans la vision du monde des hommes et des femmes. Elle a été six ans lectrice de rromani à l’INALCO, à Paris, enseignant la conversation et les traditions - dans cette perspective, elle a consacré plusieurs séminaires à Papù?a. Elle a écrit des récits et quelques essais.


Gérard Gartner, Nepo, célèbre inconnu, Éditions Marinoel, 2011.


« Népo célèbre inconnu, placet anecdotique à propos d’un événement s’étant déroulé le 12 octobre 1948 :
« D’après la presse de l’époque, le poète et scénariste Jacques Prévert tombe du premier étage de la Maison de la Radio, la tête la première sur le trottoir. Il reste un temps indéterminé dans le coma. Pour développer ce sujet, j’ai pris comme option de tirer profit de tout ce qu’on a écrit sur ce fait divers. C’était la seule possibilité pour moi de permettre à chacun d’accéder à mon point de vue, à cette délibération différente, voire contradictoire, de celle formulée par des spécialistes bien informés. Pour m’exprimer plus clairement, j’ai conjugué tout ce que j’ai pu lire et entendre en le corrigeant à l’aide de ce que l’on a omis volontairement ou involontairement de préciser. L’explication que j’offre n’a pas la prétention de combler toute l’opacité générée par l’événement. Elle se propose uniquement d’éclaircir certains malentendus. J’aborde donc avec délicatesse certains des points litigieux du récit consacré.
« Le lecteur se rendra compte que personne n’a matériellement pu voir Prévert amorcer sa chute, qu’il n’y a aucun témoin visuel à son arrivée au sol, que rien donc ne confirme qu’il y soit arrivé tête la première. Enfin, point plus délicat, rien ne prouve que le poète a immédiatement perdu connaissance. »
Ainsi s’exprime l’auteur de ce livre à l’orée de sa minutieuse enquête au cours de laquelle il révèle un secret détenu de longue date et qui illumine une part obscure de cet événement. C’est aussi pour lui l’occasion d’étudier en détail la biographie d’un artiste oublié qui se trouve ici à la croisée des destins, singulièrement celui de Prévert et le sien : Kostia (Constantin) Nepokotchisky, dit Prince Nepo (1914-1976), artiste multiple peu soucieux de gloire, tout à la fois chorégraphe, décorateur et metteur en scène, acteur, animateur de club à Saint-Germain-des-Prés, guitariste, chanteur, dessinateur, peintre, proche de maintes célébrités, tels Picasso ou Giacometti, et compagnon d’Yvette Chauviré. Un prodigieux parcours également présenté dans un autre ouvrage de Gérard Gartner paraissant en même temps que celui-ci et consacré à Sept plasticiens précurseurs tsiganes. Dans tous les cas, une approche non conventionnelle de l’art, des milieux et des courants artistiques, une course décapante après la vérité profonde des êtres et des choses. »

Gérard Gartner, Les sept plasticiens précurseurs tsiganes. Otto Mueller, Serge Poliakoff, Helios Gómez, Tela Tchaï, Django Reinhardt, Constantin Nepo,Yana Rondolotto, Éditions Marinoel, 2011.
« (…) C’est donc d’un sujet quasiment inexploré, pratiquement ignoré et laissé-pour-compte par l’histoire de l’art et le public averti, que je me propose de vous entretenir. D’évidence, les premiers artistes plasticiens tsiganes sont victimes d’une grave négligence, qu’il est grand temps de réparer. Bien modestement, depuis bientôt cinquante années et par mes propres moyens, avec des accointances fort réduites, je m’efforce, avec beaucoup d’obstination, de combattre et de compenser l’ostracisme artistique que, par inconséquence, la représentation tsigane subit ».

Le cheminement artistique de Gérard Gartner est pour le moins singulier ; à la fois dans le choix du matériau, la manière de se le procurer et la technique employée. D’abord peintre, il réalise de 1956 à 1964 une trentaine de portraits d’amis et de personnages connus : Charles d’Avray, Louis Lecoin, Georges Brassens, … Vers 1965, il remet tout en question, se sentant davantage sculpteur que peintre. Ce n’est qu’en 1985 qu’il décide de montrer son travail. Dans sa sculpture, il cherche à traduire les formes, les rythmes en création, s’essayant à surprendre et suspendre la matière dans ses mouvements les plus spontanés, afin de rendre perceptible la précarité des choses et des êtres. Gérard Gartner a très bien connu Matéo Maximoff, le premier Rrom écrivain de France. A sa mort, Gérard Gartner s’est senti investi de la mission de le faire revivre en écrivant sa vie. C’est les Carnets de route, qui lui ont valu le prix Romanès 2007. Quatre ans de recherches, de compilations des correspondances de Matéo Maximoff, de documentations et des souvenirs. »,  HYPERLINK "http://itinerances.over-blog.net/pages/Gerard_Gartner-306797.html" http://itinerances.over-blog.net/pages/Gerard_Gartner-306797.html . Il publie aujourd’hui deux nouveaux ouvrages.


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Marcel Courthiade, Sagesse et humour du peuple rrom, Proverbes bilingues
rromani – français, Sar o rromano ilo, nanaj p-i sasti phuv, L’Harmattan, 2006.


« Ce recueil d’environ 1 600 proverbes est un document unique puisque jamais aucun ouvrage équivalent n’a été publié à ce jour. Il rassemble des proverbes en usage chez les Rroms, Sintés et Kalés de toute l’Europe, surtout du bassin méditerranéen (du Portugal à la Turquie, en passant par l’Espagne, la France, l’Italie et bien sûr les Balkans) mais aussi des Rroms d’Europe Centrale, d’Angleterre et des pays du nord (Pays baltes, Russie, Scandinavie).
Cet ouvrage sera pour vous l’occasion de découvrir la sagesse populaire des Rroms, véritables maîtres en psychologie comme les drabarnã ou dorakãrnã – diseuses de bonne aventure – en ont fait la démonstration pendant des siècles, faisant office de confidentes et de psychanalystes avant la lettre…
Au-délà de l’intérêt ethnologique, ce recueil illustré prend une dimension universelle puisqu’il montre par l’exemple que d’autres mondes sont possibles. »